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« Les classes populaires ne sont pas représentées »

vendredi 30 septembre 2011

Conseillère municipale du groupe Ensemble à gauche en Ville de Genève, Salika Wenger conduit la liste du Parti du Travail pour le Conseil national et fait du combat contre l’extrême droite et l’UDC une priorité. Interview d’une élue qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Quelles sont les revendications principales que vous voulez défendre sous la coupole à Berne ? Salika Wenger A Berne, j’aimerais défendre les classes populaires comme je le fais en Ville de Genève. Aujourd’hui, celles-ci ne sont pas représentées au Conseil national. Le personnel politique est composé de bourgeois ou de petits bourgeois qui s’imaginent que le salaire moyen en Suisse se situe entre 120’000 et 150’000 francs, comme je viens de l’entendre de la part d’une élue municipale socialiste. Le seul courant qui défende finalement de temps en temps les intérêts des classes populaires, c’est l’extrême droite et j’en ai marre. Au Conseil fédéral, c’est encore pire, puisqu’economiesuisse a sa place au gouvernement avec Johann Schneider-Amman. En ce qui concerne mes revendications principales, je défendrai bec et ongles les assurances sociales comme l’AVS, afin qu’elle couvre les besoins des travailleurs à la retraite. Il faut aussi instaurer une caisse maladie publique, avec des cotisations proportionnelles au revenu et à la fortune. Les montants des primes sont trop lourds et grèvent le budget des ménages. Je défendrai aussi le remboursement intégral de l’interruption de grossesse par l’assurance maladie de base, menacé par une initiative fédérale de l’extrême droite. Le principe d’une assurance réside bien dans l’institution d’une solidarité entre les biens portants et les malades, si je ne me trompe.

Quel bilan tirez-vous de la législature des socialistes et des Verts ? Ces deux partis n’ont pas défendu les intérêts des gens modestes et n’ont pas remis en cause la concordance - qui ressemble parfois à de la collaboration - prévalant dans les institutions. Quel est le bilan de Moritz Leuenberger au Conseil fédéral ? Il ne s’est pas opposé à l’ouverture des marchés et à la libéralisation de secteurs comme le rail, la poste ou l’électricité, au point que les anciennes régies publiques sont mûres pour la privatisation. Quant aux Verts, ils cherchent eux aussi à obtenir une part du gâteau, en rêvant de décrocher une place au Conseil fédéral. Tout cela ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui. Depuis 1848, la démocratie suisse, qui ne connaît pas l’alternance, vit dans un simulacre démocratique qui ratifie la domination des classes aisées sur celle des gens modestes. Et cela perdurera si l’on ne change pas en profondeur la composition du parlement.

L’UDC ambitionne de récolter 30% des suffrages. Comment comptez-vous combattre sa prédominance ? L’UDC va une nouvelle fois jouer sur les peurs et nous expliquer que la Suisse se transforme en Bronx. Nous allons combattre sa démagogie sécuritaire, rappeler que l’on pouvait déjà renvoyer les criminels étrangers sans passer par leur initiative. Ses propositions de réduire l’immigration en provenance de l’UE ou de fermeture de la Suisse oublient ce que les immigrés apportent à l’économie suisse et ne tiennent pas compte du fait que nous importons près de 80% des biens de l’Union européenne. Il faut aussi rappeler que l’UDC n’est que le bras armé de la droite et que son programme économique est strictement le même que celui de la droite : pour les riches. L’UDC ne s’est pas opposée à ce que la Banque nationale renfloue l’UBS à hauteur de 68 milliards, sans débat démocratique. Mais, dans le même temps, elle ne fait rien pour les petites entreprises de moins de 5 employés qui représentent 75% de l’emploi ou a coupé près de 400 millions dans la prise en charge des lunettes dans l’assurance-maladie.

En tant que femme, êtes-vous sensible à l’appel des organisations féministes qui ont demandé récemment une plus grande représentation féminine au sein du pouvoir ? Il est évident qu’elles sont encore sous-représentées dans les parlements, même si la présence de quatre conseillères fédérales au gouvernement est à saluer. Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’actuelle remise en cause des acquis des femmes - qui sont pourtant souvent récents - comme le droit à l’interruption volontaire de grossesse, la création de crèches qui nous permettent de travailler ou même le principe de l’égalité salariale pour un travail égal. Si l’on suit le programme de l’UDC, nous devrions toutes rentrer à la maison et être des ménagères au service de leur mari.

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