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« La population doit prendre le contrôle de l’économie »

jeudi 29 septembre 2011

Conseiller national de 1987 à 2003, ancien député cantonal, Jean Spielmann est partant sur la Liste Parti du Travail + Aînés. Membre du Comité de l’Avivo et de la Fares (Fédération des associations de retraite et de l’entraide en Suisse), il veut un contrôle citoyen sur les banques, les assurances ou le logement et fait de la défense des assurances sociales une de ses priorités.

Quelles sont les motivations politiques du Parti du Travail à l’occasion de ces élections fédérales ? Jean Spielmann : Il est indispensable de faire entendre une vraie voie d’opposition à Berne et de continuer à se battre. Il faut que tout le monde sache comment votent les grands partis. Durant la dernière législature, le PDC a suivi dans 93,4% de ses votes la majorité du Conseil national, le PLR l’a fait à 87,4% l’UDC à 69,7% et le PS à 70%. Il faut bien que quelqu’un dise halte-là et que cela change. D’autant plus que les sujets de lutte et de préoccupation ne manquent pas comme, par exemple, dans l’assurance invalidité. Le parlement veut économiser 600 millions de francs en plusieurs années sur le dos des invalides par la suppression de toute une série d’aides ou de possibilité de soins. C’est inacceptable et cela va rendre encore plus difficile la situation des familles qui doivent s’occuper de personnes handicapées. Ces révisions sont injustes, le contraire de la solidarité. Elles seront combattues par de probables référendums.

La situation des aînés est en train d’empirer, notamment du fait de la hausse des loyers comme l’ont dénoncé récemment la Fares et l’association Procap. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Les coûts du loyer sont très lourds pour tout le monde et pas seulement pour les aînés. Le problème, c’est qu’aujourd’hui le logement est devenu une marchandise comme une autre. Les propriétaires et investisseurs spéculent sur ce marché et font de l’argent sur le dos des locataires. Pour nous, le logement est un droit et un bien social essentiel pour les familles. Il faut donc vraiment limiter au maximum ces prises de bénéfice. Nous combattrons par tous les moyens cette spéculation effrénée.

Est-ce que la fusion de l’AVS et du deuxième pilier reste une priorité pour le PdT ? Plus que jamais. Nous sommes repartis à l’attaque et avons gagné, par référendum, la bataille, contre la baisse de conversion du taux du deuxième pilier, qui aurait péjoré les retraites. Cette révision a malheureusement peu été combattue au parlement. Elle a été approuvée à l’unanimité par le Conseil des Etats, qui compte des élus socialistes et verts, à ce que je sache. Il ne faut pas baisser la garde. La situation financière et la crise des banques font que l’argent que les gens ont mis de côté pour leur retraite est de plus en plus convoité par les caisses privées et sera toujours plus en danger.

Durant les élections cantonales de 2005, vous aviez émis des critiques contre la libre circulation des personnes. Quels changements voulez-vous apporter à ce volet des bilatérales ? Nous n’étions pas et nous ne sommes pas a priori contre la libre circulation des personnes, car nous sommes pour la liberté de mouvement. La mixité et le mélange des populations sont tout à fait intéressants pour limiter les tensions et les guerres. Par contre, la libre circulation des travailleurs, telle qu’elle a été proposée, a consisté en une libéralisation complète du marché du travail. Le travailleur a été transformé en marchandise, sans aucun droit social. On a supprimé tous les moyens de contrôle pour assurer un salaire décent, pour superviser les conditions de travail ou les qualifications des gens. Déplacer des gens, sans aucun droit, en supprimant tous les garde-fous, c’est inacceptable, or c’était le contenu des bilatérales. Malheureusement, même la gauche les a soutenues. On savait pourtant déjà avant la votation que les patrons préparaient, par exemple dans le secteur de la construction, la remise en cause des conventions collectives.

Il faut donc renforcer les contrôles comme le demandent les syndicats ? Les syndicats ont contribué à la mise en place des bilatérales et à la suppression de tous les contrôles. Ils sont donc bien placés maintenant pour savoir ce qu’il faut remettre en place des contrôles ou s’il faut plus d’inspecteurs.

Actuellement, le débat tourne autour du franc fort. Quelles sont vos solutions pour le baisser ? Pourquoi faudrait-il le baisser à tout prix la valeur du franc ? L’important, c’est surtout que l’on arrête de laisser les grandes entreprises et les importateurs faire des bénéfices monstres sur le dos des consommateurs qui passent à la caisse plusieurs fois, en étant à chaque fois roulés dans la farine. L’euro a perdu un quart de sa valeur, mais les prix des marchandises importées de la zone euro n’ont été réduits que de 0,1%. Qui se met ce quart d’euro de profit dans la poche ? Si l’on adaptait simplement les prix suisses à la réalité, cela pourrait conduire à une belle amélioration du pouvoir d’achat de la population suisse. Or, ce n’est pas le cas. Les gens se font tout simplement arnaquer. Avec le franc fort, on parle beaucoup des problèmes des entreprises d’exportation, mais peu des dommages que subissent les consommateurs.

Quelles sont vos autres propositions en matière économique ? Même l’UDC ou le PDC commencent à comprendre qu’il faut séparer les banques d’investissement, de casino et de spéculation des banques de dépôt. Cela devient tout à fait urgent de nationaliser le secteur bancaire qui couvre l’épargne des gens, celui qui assure une continuité de la société. Les banques ont une fonction utile à jouer, mais il faut la séparer de la fonction spéculative. Il faut des lois - et des lois sévères - qui contrôlent les échanges de capitaux, les banques qui spéculent ou ce que font les traders. On voit que la situation ne fait que s’aggraver. On a déjà dépensé plus de 60 milliards pour renflouer l’UBS sans aucune contrepartie. Aujourd’hui, la population suisse est en droit de demander une nationalisation de l’ensemble du secteur bancaire qui gère l’épargne des citoyens.

Comment entendez-vous concrétiser le dépassement du capitalisme ? Cela passe justement par la prise de contrôle de l’économie par la population. Il faut soumettre l’ensemble de secteurs importants comme le logement, les assurances sociales ou les banques à la démocratie et au contrôle citoyen. Pour ce faire, cela demande un changement de système. Il faut renverser la vapeur d’un monde où la société est un marché, l’être humain, une marchandise et la culture, une pub. Cela, on n’en veut pas. Il faut donc prendre toute une série de mesures comme celles que nous proposons dans notre programme.

Après les élections se dérouleront les élections au Conseil fédéral, avec le remplacement de la socialiste Micheline Calmy-Rey. Dans le même temps, l’UDC voudrait une élection du gouvernement par le peuple. Où vous situez-vous dans ce débat ? C’est du folklore. Les socialistes suivent déjà à 70% toutes les lois qui passent au parlement. En étant au Conseil fédéral, ils font un pas de plus, en mettant en avant les propositions qui vont contre les intérêts de la population. Les socialistes doivent donc se retirer d’un gouvernement qui conduit une politique anti sociale. En ce qui concerne l’initiative UDC, l’important est moins de savoir comment les Conseillers fédéraux sont élus que de savoir quelle politique ils mèneront à Berne.

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