Accueil du site > Parti du Travail > Grand Théâtre : un abus de pouvoir manifeste

Grand Théâtre : un abus de pouvoir manifeste

Intervention de Morten Gisselbaek au Conseil municipal du 4 décembre 2018

samedi 29 décembre 2018

Mesdames et Messieurs,

les PR-1314 et 1315, pour un montant total de plus de 6 millions pour deux subventions d’investissement et d’exploitation nous sont présentés comme découlant directement du retard des travaux de rénovation du Grand Théâtre.

Les retards pour "impondérables" du chantier du Grand Théâtre ont entraîné un besoin d’investissements urgents réclamés par le Conseil administratif sous forme de deux motions.

Ces retards ont été causés par des remontées d’eaux soit disant non prévisibles lors des travaux en sous-sol dans et autour des fondations du bâtiment.

Il s’agirait d’un impondérable.

La bonne blague.

Car il s’agit au contraire d’un événement parfaitement prévisible. La nappe phréatique se situe environ 5 m sous les trottoirs au niveau de la Place de Neuve, vous pouvez le trouvez sur le net. Le sous-sol du Grand Théâtre est bien plus profond, abritant au niveau -1 la cantine du personnel et la cuisine et, à des niveaux encore inférieurs, les vérins hydrauliques pour monter et descendre la scène.

D’autre part ce lieu est au pied d’une colline et du parc des Bastions, et l’eau a généralement tendance à couler naturellement du haut vers le bas, en outre une partie du Grand Théâtre (GT) se trouve sur l’emplacement même des anciennes douves qui entouraient la ville et qu’on alimentait avec l’eau du Rhône et de l’Arve pendant des siècles, et enfin il est proche voisin de la plaine de Plainpalais, dont le nom vient du latin plana palus, qui signifie la plaine marécageuse.

Ne pas avoir de remontées d’eau à cet endroit aurait en réalité tenu du miracle.

Cet événement était parfaitement prévisible et n’aurait pas posé de problème particulier si M. Pagani avait prévu une marge sur le planning des travaux. Il ne l’a pas fait, sous la pression de - je cite : "la contrainte fixée par la direction générale du Grand Théâtre ", et c’est une erreur. Une erreur politique pas technique, en l’occurrence.

Une erreur qui a chamboulé la programmation de la saison 2018-2019 du Grand Théâtre et qui, par conséquent nous coûte aujourd’hui 6 millions. Cela fait cher l’erreur...

Là il convient de préciser ce qui différencie les deux subventions : la PR 1315, qui concerne les frais de personnel et de production artistique, découle en effet des retards. Pour ce qui est de la PR-1314 qui concerne l’achat de matériel technique pour l’exploitation en double, il suffit de lire le 2ème paragraphe de la PR qui dit précise que dès 2015 il était prévu d’utiliser en parallèle le GT à la Place de Neuve et l’Opéra des Nations pour se rendre compte que c’est encore une blague.

La PR 1315 est donc un investissement non prévu dans le budget de départ, en d’autres mots c’est un dépassement.

Six millions c’est juste énorme : c’est sans doute beaucoup plus des sommes qui vont nous occuper lors de la prochaine séance du budget, où nous discuterons en gros de couper un peu ici, rajouter un peu là, etc...

Pour rappel ces 6 millions représentent plus que les coupes du budget 2016 qui furent soumises au referendum et dans lesquels figuraient entre autres, une coupe linéaire dans toutes les subventions culturelles, à l’exception notable des subventions pour le Grand Théâtre.

Six millions correspondent au prix de la rénovation d’un immeuble et représentent également plus que l’ensemble des subventions monétaires aux clubs sportifs, un seul million de plus suffirait pour arriver au 0,7% d’aide au développement, etc...

Alors la question est pourquoi faire ? que permettent ces 6 millions ? Eh bien, et c’est clairement expliqué, nous allons - ou pas - voter cette somme pour permettre de reprogrammer l’Anneau des Nibelungen de Monsieur Wagner en début d’année.

Alors et là je m’adresse en priorité aux contribuables qui nous regardent en ce moment, mais également à vous, très chers collègues, je vais donner quelques explications.

L e Ring est un ensemble de 4 opéras, qui sera présenté 3 fois au GT en février. Dans une reprise du spectacle qui a déjà été présenté 2 fois ces 5 dernières années. On parle donc en tout de 12 soirs, de 12 spectacles.

Six millions divisés par 12 donne un demi million par soir. C’est ce que cela nous coûte en plus-value ! Parce que, et ça aussi les contribuables doivent le savoir, une soirée de spectacle au GT coûte déjà à notre commune environ 1 million de subvention par soir. Avec cette plus-value on atteint un niveau de subvention de 1’000.- francs par place.

Cela pose évidement la question du choix et de la pertinence de cet investissement, et c’est quand même la fonction principale de notre conseil municipal que de faire des choix d’investissements.

Or, dans le cas présent, ce choix a déjà été fait, cet argent est déjà dépensé avec la bénédiction du Conseil administratif. Ma collègue reviendra sur cet aspect.

Que le Conseil administratif prenne 6 millions et les dépenser avant de les demander au conseil municipal , c’est quand même bien plus discutable et dommageable que de se faire payer le taxi ou de se tromper quelques fois de carte de crédit.

Il s’agit en effet là plutôt de broutilles ou tout au plus de petits larcins.

Mais l’utilisation de ces 6 millions j’appelle cela un hold-up. Et non seulement c’est un hold-up, mais il est accompagné d’une véritable prise d’otages puisqu’on nous dit que si nous ne votons pas ces investissements ce sont les salaires des employé-e-s qui ne seront pas payés et ce dès maintenant.

La place du débat sur la pertinence de cet investissement ? Il n’y en a pas eu.

Alors non, cela ne va pas. Et nous vous invitons dans les conditions actuelles à refuser ces deux subventions, car si nous les votons nous cautionnons et validons des manières de faire qui sont pour nous totalement inacceptables, et nous dirons même plus : si nous acceptons de voter ces PR, nous nous disqualifions réellement, en acceptant de ne plus être que la chambre d’enregistrement des erreurs du CA.

Finalement j’entend déjà certain-e-s dire que nous opposons les différentes formes de culture les unes aux autres, la culture aux sports ou au besoin sociaux.

Non Mesdames et messieurs, nous demandons simplement, le plus simplement du monde, que le Grand Théâtre soit traité de la même manière que les autres lieux culturels, les investissements pour le Grand Théâtre soient traités comme n’importe quel autre investissement.

Et nous demandons que la Conseil administratif fasse son travail en nous faisant des propositions, pas en prenant des décisions et en nous les faisant valider par des prises d’otages.

Nous demandons enfin que nous, Conseillères et Conseillers municipaux, puissions faire notre travail d’arbitrage en ayant les moyens de soupeser réellement et politiquement les intérêts des uns et des autres.

Je vous remercie.

Plan du site |  RSS 2.0